Histoire d’une conversion

Histoire d’une conversion

Je suis né en Normandie, le pays de la crème, bonne et grasse. Pays des produits laitiers. Ma grand-mère, fin cordon bleu, m’a élevé selon une longue tradition terrienne. Le dimanche quand nous sortions dans la famille, nous allions forcément chez des cousins agriculteurs, ils étaient tous agriculteurs.

L’apéro, d’abord, puis sa rincette avec des fruits de mer. Le plat de poisson lançait les amusements avec sa bonne sauce (à la crème bien sûr, on en collait à tous les plats) pour ne pas laisser s’ennuyer les petites salades de crudités. Ensuite une bonne viande blanche, genre volaille avec sa farce évidemment, faite de chair à saucisse, de persil, d’ail et d’oignons. (je vous entends déjà saliver bande de goinfres!) et sa première salade verte. (eh oui, il en fallait quand même un peu).

Là, le trou normand égayait la verve des adultes, nous les mômes, on avait droit à tout sauf à ça (et à celui de la fin).

Enfin, l’essentiel arrivait. Gigot, rôti de veau, de bœuf, ou moins élégant … de porc. Avec sa plâtrée de pommes de terre, sa sauce bien présentée dans le saucier qui sépare le gras du maigre. Moi, je prenais tout le maigre possible, pour avoir une bonne couleur marron bien goûteuse dans l’assiette, et le plus de gras possible, pour faire glisser l’ensemble vers ce qui me servait de tube digestif.

Évidemment, la première assiette (du plat principal) servait à ouvrir la voie à la seconde. Les vieux avaient bien eu droit à leur rincette (de calva), pourquoi je n’aurais pas eu droit à la mienne ?

Pour finir, enfin presque, la salade, avec son calendos. Je n’aimais pas le fromage alors je ne reprenais que de la salade, mais pas trop. Enfin, le dessert avec la fameuse teurgoule, pleine de riz, de lait, de sucre caramel, de cannelle.

Cette éducation, je l’ai perpétrée jusqu’à l’âge de 28 ans. J’étais tellement actif que je brûlais tout ce tas de calories sans problème. Sauf les allergies, les blocages articulaires, les problèmes intestinaux, les bronchites à répétition, les douleurs musculaires et les besoins de sieste post-prandiales.

Et puis il y a eu la vache folle, la grippe aviaire, la fièvre porcine, la mutation génétique des espèces de poissons de nos côtes révélée par le CNRS de Caen et leurs lots de métaux lourds sans parler des crustacés, et je me suis retrouvé malade de je ne sais quoi dans mon lit. J’ai commencé à gamberger et pour m’amuser, j’ai pensé à, bien sûr … de la bouffe. Et je me suis mis à compter, à additionner.

En cumulant viande, charcuterie, beurre (300g/semaine), crème fraîche (500g/semaine), j’arrivais à plus de 190 Kg consommé par an pour ma seule panse. Presque deux quintaux de barbaque. Dans un poulet fermier d’1,2 kg , je laissais une cuisse, une aile, un blanc aux autres membres de ma famille et engloutissais le reste. Obelix en chair et en os mais en maigre.

J’ai lu un bouquin sur la conscience animale et j’ai décidé dans cette fameuse nuit de ne plus jamais manger de viande. Contrairement aux idées reçues et aux critiques qu’on m’a faites (amis, famille, relations professionnelles), je n’ai jamais eu aucune carence, ni baisse de forme. Ça a été l’inverse. J e ne ressentais plus de fatigue avant tard le soir. J’ai compris que mon corps se reposait enfin. Je lui en laissais enfin le temps. Je me suis rendu compte aussi, que mes besoins diminuaient, et je ne mangeais plus le matin, ni finalement le midi. Je n’ai faim que vers 17h00.

Tout en étant végétarien, j’avais des efforts physiques et une activité cérébrale importants, et je ne m’en sentais que mieux. Je n’ai jamais maigri (snif). Par contre, les douleurs, les allergies, les problèmes ostéo-articulaires ont disparu.

Aujourd’hui il faut dire végétalien car même si végétarien veut dire « qui ne mange que des végétaux », il y en a qui mangeaient quand même des œufs et des produits laitiers. Alors un carabistouilleur de l’académie française a fait passer « végétalien » dans le dictionnaire.

C’est un vocabulaire qui m’a toujours fait horreur, car tous les végétatout que j’avais rencontrés avaient la mine grise, triste, se plaignaient souvent de tout et de la société de préférence, et critiquaient tout sans pour autant agir. Je ne voulais surtout pas leur ressembler.

J’ai donc découvert par mon meilleur et vieil ami décédé aujourd’hui, professeur de cuisine sacré 3e meilleur restaurateur de Belgique et fournisseur officiel de la commission Européenne à Bruxelles, qu’on pouvait se flatter les papilles sans devenir un mort vivant.

Et c’est là que la cuisine devient de l’alchimie. La valse des saveurs et des couleurs, des modes de cuissons des végétaux dépasse de loin celle des produits animaux.

Alors, je sais qu’on peut passer et revenir à une alimentation saine, légère, (bien qu’on puisse toujours se goinfrer) variée et plaisante sans trop de difficulté, tout en respectant la nature et les animaux. Au contraire, la cuisine redevient un lieu créatif pour tous, où l’imagination remplace rapidement et efficacement les toques et les étoiles.

Nous nous retrouverons certainement autour du dîner à l’espagnole, soit du pot des nouveaux adhérents soit au jour de l’an chinois et vous verrez que tous ensemble nous sommes capables de belles et bonnes choses.

Maintenant, vous savez d’où je viens et que tout est possible si on le décide vraiment. Si vous voulez en savoir plus sur « comment faire » ; cliquez ici !

Bon appétit.

Bien à vous.

Jean-Michel